Gilles Rieu

Artiste globe-painter

"La pensée en mouvement

Depuis quelques années, je travaille sur une série qui s’appelle "Devoir de Mémoire". Avant celle-ci, il y eut "l’émergence des ténèbres", puis "l’organisation du chaos". A une époque où la tentative de manipulation de l’histoire, ou pire, la négation d’un passé gênant, se font jour, il me semble urgent de renvoyer les individus à leurs propres souvenirs au travers de morceaux de vie dans lesquels ils pourront se retrouver. Un peuple sans passé ne peut se construire un avenir. Au-dessus du Mur des Lamentations est inscrit "souviens-toi". La devise d’un autre pays frère et ami n’est elle pas "je me souviens"? Le Devoir de Mémoire, faire mémoire est donc primordial pour empêcher de sombres retours qui pourraient prendre la couleur de certaines chemises… je pars donc de ce que j’ai de plus personnel. Je conserve tous les écrits et dessins que j’effectue – ce qui est une manière de tromper le temps et lui arracher quelques traces – et ils vont constituer par système de reproduction de transfert la trame d’une toile. Ainsi, au travers de l’alchimie du travail pictural, je me retrouve dans l’Universel et "puisque ces mystères me dépassent, j’en feins d’être l’organisateur" (Cocteau).
Ces écrits témoignent du temps passé, qui du reste, n’est pas passé inaperçu. Temps déposé en couches superposées, de sentiments défunts mystérieusement embaumés dans ce que nous appelons l’oubli. Tout comme sur le cerveau, se gravent successivement d’innombrables et improbables cris de joie, de chagrin et de dépit. Ces couches s’accumulent, sont recouvertes d’un texte qui jaillit au moment où il est livré en pâture à la toile. Seule la trace de ce flot de pensées reste, car je travaille sur la charge émotionnelle de l’écriture, sur la dynamique, sur le phrasé comme on dit en musique. Par la suite, une patine est déposée pour donner à ces palimpsestes un aspect secret et intemporel. Tous ces écrits reprennent vie et force et sortent de ce sommeil devant le regard de "l’autre" : cet inconnu, mon frère. Ainsi, face à l’histoire malmenée, le palimpseste de la Mémoire est indestructible. L’idée de ces site Internet est de porter ce témoignage à un plus grand nombre.

Le dialogue

Si un tableau est un lieu de rencontre entre celui qui le regarde et celui qui l’a fait ; en ce qui me concerne, il s’est instauré une véritable relation de sympathie et souvent d’amitié, tant avec le public qu’avec ceux qui ont franchi le pas en se portant acquéreur de l’œuvre regardée. Ainsi on est passé du coup de cœur à un échange de sensations et d’opinions, du travail en solitaire au fond de l’atelier à un véritable dialogue avec le spectateur. Celui-ci devient acteur en permettant à l’œuvre de prendre tout son sens, d’avoir une existence propre loin de son créateur.
Le tableau devenu autonome a rempli son rôle de lien et parfois de détonateur en créant et provoquant le dialogue avec le public, souvent loin des problèmes sur le fond et la forme. Une nouvelle aventure humaine peut prendre jour."

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