Gilles Rieu

Artiste globe-painter

"gilles rieu - globe-painter

Le Toulousain du lot étend sa palette de New York à Hiroshima. Sur le sol de son atelier-loft toulousain, un drap peint gît, la gueule ouverte, comme prête à avaler, digérer, même avec des aigreurs d'estomac, toutes les infos de notre monde. Gilles Rieu, le peintre toulousain de Saint-Céré, l'artiste passeport, est en phase d'achèvement d' "Il neige sur New York". L'Histoire est là. Des visages noirs, des corps cassés s'amalgament sur la toile, sur lesquels il couche un "Madrid" rouge sang. Le chaos du monde comme matériau. Gilles Rieu, le globe-painter, a de tout dans son histoire, ou un peu de Tout. "Je me nourris de ce qui bouge. Je vais dans les lieux marqués par l'histoire. À Jerusalem, Hiroshima, Ho Chi Minh-Ville, New York, en Afrique, je m'amène. Et là, je fais des carnets de chrobares, ou des séries comme des kakijikus Hiroshima mon amour". Et il y va nu. Sans valises, sans pinceaux, sans supports et sans insolence. Comme pour mieux s'habiller des événements, mieux s'imprégner du monde qui grouille. À l'image du Rimbaud "L'homme aux semelles de vent", Gilles Rieu va et pioche dans un quotidien concentré et torturé, comme pour y décrypter une humanité. Et puis, il y a le hasard et le tragique. New York, 11 septembre 2001, les Twins. Il est là. Il en fige une oeuvre à la Jean-Michel Basquiat, le peintre de l'underground new-yorkais, "fils" d'Andy Warhol : le clash des deux tours dans un expressionnisme abstrait qui flirte avec le pop art.
Il y ajoute de mots-concept et ces poèmes.
Une reconnaissance américaine qui lui vaudra d'être acheté par le Consulat français et apprécié par Louise Bourgeois, sculptrice âgée, figure du courant antiformaliste, vivant aux USA. "Traiter le chaos et l'ordonner. Lorsqu'on est actif, on met les choses en ordre", un manifeste à la louise Bourgeois. "Je suis un électron libre, je n'ai aucune prétention de changer la peinture. Je ne fais partie d'aucune chapelle", souligne l'artiste au faciès espiègle. Comme Basquiat, encore, il peuple certaines de ses oeuvres puzzles de tronches de vie ou de totems vaudous. Comme dans son "Obaologum". Un drôle de bonhomme qui "sait faire sourire ses tortures".

Laurent Conreur - 21 mars 2004"

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